3/ L’angoisse chez les Etats limites selon Otto Kernberg

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L’angoisse. – Flottante, diffuse, d’intensité variable, l’angoisse est toujours présente en toile de fond du tableau clinique. Lorsqu’elle atteint son sommet – la crise -, l’angoisse est susceptible de produire des effets de sidération pour la pensée: paralysée, incapable de se représenter, la pensée est comme arrêtée. Au plan somatique, elle s’accompagne souvent d’un florilège de symptômes divers tels la tachycardie, la sudation, la sensation de gène respiratoire, le malaise. Contrairement à la peur (dont le sujet peut se faire une représentation), l’angoisse ne peut se rattacher à un objet précis ou à une situation: elle envahit l’être sans qu’il ait le temps de comprendre ce qui lui arrive, ni pourquoi cela arrive. Si l’angoisse de castration (liée à la culpabilité œdipienne) est dominante chez les névrosés, les états limites peuvent présenter des angoisses de nature mixte : angoisses identitaires, angoisses liées à la perte et à l’éloignement de l’ objet, angoisses plus primitives d’effondrement, de terreurs sans nom. Pour Widlôcher, c’est une angoisse d’annihilation, de perte du sens de la vie. Les travaux de Winnicottl sur la crainte de l’effondrement (fear of breakdown) sont en rapport avec ce type d’affect.

En anglais, breakdown évoque la panne de voiture. Quelque chose s’est cassé ou détraqué dans le moteur ; ou bien alors il manque de carburant. On peut l’utiliser également dans le domaine de la santé pour évoquer l’altération, le déclin et le risque de l’arrêt complet.
En termes psychopathologiques, cela va donner le risque de « craquer », la crainte de « s’effondrer ».
Selon Winnicott, cette crainte serait liée à une expérience antérieure d’effondrement qui a pu être ressentie lorsque l’environnement n’a pas pu répondre de façon consistante à un état de détresse. Si ce type d’angoisse peut s’apparenter à la psychose, il s’agit de préciser que l’angoisse borderline est toutefois différente de l’angoisse psychotique dans la mesure où les frontières entre le Moi et l’objet, même si elles sont poreuses, sont existantes. Par rapport à l’objet, on note la prévalence d’une angoisse anaclitique étroitement liée à la distance de l’objet: tandis que l’éloignement réactive l’angoisse d’abandon ; le rapprochement exacerbe l’ angoisse d’intrusion. L’incapacité à mentaliser ou à élaborer psychiquement à partir de ce trop-plein d’énergie pulsionnelle conduit souvent le sujet vers une clinique
de l’agir. 
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1. D. W. Winnicott, « La crainte de l’effondrement » in Nouvelle revue de psychanalyse, n° II, Figures du vide, Paris, Gallimard, 1975. 

BD – Estime et image de soi en groupe de parole

Mon après midi, de groupe de parole
Bon, je vais vous parler de mon moment passé au groupe de parole.
Le thème : Estime et image de soi et des autres.
Alors déjà ce thème ne me parle pas du tout. Je ne ressens rien, me concernant, je ne m’aime pas. Et puis estimer quoi ? Je ne connais pas ce mot, je ne sais même pas dans quelle partie je peux le ranger. Dans quelle catégorie je peux le mettre ? Une sensation, une croyance, une émotion, un ressenti, je ne sais pas.
J’ai écouté les personnes du groupe, et plus je les écoutais et plus je ne comprenais rien. J’avais l’impression d’être à coté du sujet. Il faut dire que j’ai eu pas mal d’absences, donc difficile de prendre une conversation surtout quand vous êtes paumée. Je me suis sentie mal, pas du tout à ma place.
La seule chose que j’ai dite : je ne sais pas ! On ne m’a pas appris ce mot.
Je crois aussi que peut-être cela n’a jamais excité dans ma tête, de savoir ce que je pense de moi et surtout qu’on ne me l’a jamais démontré. Un sujet qui me dépassait et je sentais en moi l’angoisse monter, l’angoisse de savoir que je n’étais pas à ma place, que le niveau de la conversation étais trop élevé pour moi.
Je voulais partir, mais j’étais figée sur cette chaise. Impossible, je sentais mon esprit partir ailleurs, s’évader. Je regardais la fenêtre qui était devant moi et la pluie tomber, les arbres qui remuaient et dans ma tête je me disais et s’ils tombaient sur le toit, je serais morte. Moi qui veux mourir, cela serait génial, ma vie terminée.
J’essayais de reprendre de temps en temps le fil de la discussion, de m’accrocher, mais impossible pour moi de me concentrer. C’était vraiment difficile et je n’arrivais à rien retenir. Dans ma tête, je sentais que je m’enfonçais.

Et puis au bout d’une heure une pause enfin tout le monde s’est levé pour prendre une boisson chaude, mais moi j’étais là seule à cette table qui me paraissait immense, sans fin et en moi je ne savais plus qui j’étais et pendant un court moment je ne savais plus où j’étais et ce que je faisais là. Une peur m’a envahie, je voulais hurler ! Hurler au secours ! me sauver en courant !
Mais ma tête s’est mise à tourner. Impossible de me décoller de cette chaise. J’avais l’impression que tous les regards étaient sur moi et criaient : mais elle est folle oui elle est folle ! j’ai réussi à me lever de ma chaise, mais je n’étais pas bien, je me suis fait un thé vert. J’entendais les autres personnes parler, mais pour moi, leurs voix étaient très très loin. Je me rappelle de m’être retournée et me rasseoir, mais pas d’avoir préparé ce thé. Mais voilà je me suis retrouvée face à ce thé qui me donnait des envies de vomir. J’étais assise et épuisée et dans cette tête une voie me disait : ne montre rien ! Surtout fais comme si tout allait bien, fais comme les autres. Et moi je répondais mais qui ? comme les autres je ne savais plus.
La discussion a repris et en moi je sentais ce mal être et plus je buvais ce thé, plus je partais à regarder le fond de cette tasse. Une chose m’intriguait : je me voyais au fond de cette tasse, dans cette tasse en train de me noyer, mais que personne n’entendait. Plus j’essayais de me concentrer, plus je me dispersais et plus je buvais cet horrible thé, plus je voyais ce dépôt de couleur noire au fond de cette tasse et plus je me voyais moi, en train de me décomposer. Ce dépôt était moi en train de mourir. Je réussissais à me voir morte de plus en plus et en moi, ce n’était plus de l’angoisse et ce mal être, mais plutôt une jouissance intense qui avait enfin captivé mon cerveau, mon regard.
De me voir mourir, cela m’intéressait. Je vivais et croyais cette situation, je me voyais vraiment mourir. J’étais bien, le reste à coté n’existait plus dans ma tête, y compris les personnes autour de cette table. J’avais réussi, j’étais contente, je ressentais ce bien être en moi, je prenais mon pied. J’avais réussi à faire ce que je souhaitais en ce moment : mourir ! Et là subitement plus rien, mon cerveau ne marchait plus. Tout était mort, je ne ressentais plus mon corps, le blanc complet : j’étais morte. J’étais devenue aveugle, je ne voyais et ressentais plus rien. Aucun souvenir de la suite… plus rien… mais quand je suis revenue à moi, je ne savais plus, j’étais désorientée, paumée. J’étais mal dans mon corps, cette sensation, cette douleur était revenue. Mais pourquoi ! Pourquoi re-souffrir comme cela ? J’étais en colère. Je savais que j’avais ressenti quelque chose de différent mais quoi ? et le thème… la discussion était finie.
Je me suis relevée machinalement et j’ai été raconter à Geneviève ce que j’avais ressenti. Elle m’a répondu : oui j’avais vu que tu étais mal !
Je lui ai raconté que je n’avais rien compris au thème. Elle a souri et quand je me suis retournée pour mettre ma tasse à laver, cette mort m’est revenue. Le dépôt noir au fond de cette tasse m’avait marqué. Vouloir mourir. Ce que je veux à tout prix m’était resté dans la tête dans le cerveau. Mais pourquoi je veux mourir ? Pourquoi cette sensation est si forte en moi et pourtant je me pose cette question : qui veux mourir ? qui me pousse à vouloir mourir ? une de mes personnalité ou alors c’est moi Béatrice ?