« La Tuerie de Tours » par BMP


Emmanuelle, voulait que je fasse un autre tableau sur « la tuerie de Tours », en me concentrant d’avantage sur mon côté artiste.
J’ai râlé quand j’ai lu cette demande Oui ça c’est mon côté qui ne dure pas, car Béatrice sait maintenant par expérience que cette demande était loin d’être à côté de la plaque.

Je me suis demandée : «  Mais Béatrice comment perçois-tu ce drame maintenant ? C’est une question que je ne me suis jamais posée, certainement pour ne pas aborder la frayeur de ressentir. Je ne pense pas que ce soit une fuite. Simplement c’est essayer de mettre des mots dessus ce qui va être compliqué, car pour moi le dessin fonctionne mieux comme pansement quand un traumatisme est là.

Comment avez-vous dessiné ?

Me concentrer pour bien ressentir en moi. Dès le départ dans ma tête ça a été la guerre, vouloir penser à cette situation un peu comme de l’extérieur et ne pas me laisser prendre par mon ressenti.
Je devais trouver un compromis pour pouvoir avancer pour pouvoir monter un dessin, comme pour essayer de faire un « deuil ». Seulement la phrase “je n’oublie pas” est là parce que c’est impossible d’oublier et ni mon cerveau, ni Béatrice ne le veulent et ne le peuvent. Par contre si j’emploie le mot « digérer » oui ça passe mieux. Essayer de digérer ce drame, pouvoir le ranger dans un tiroir dans mon cerveau, peut-être avoir aussi l’autorisation, si cet événement revient encore me titiller, de le mettre dans mon bocal de secours, bocal qui se trouve d’une façon imaginaire dans mon cerveau. Je veux dire que si quelque chose m’angoisse, alors hop, je le mets dans le bocal.
Une fois après avoir réaliser un exercice du livre : « Gérer la dissociation d’origine traumatique” : «  le toucher » le plaid du divan de mon salon, je me suis mise à rassembler mes idées concernant mon regard sur cet événement.
Dans ma tête mettre sur papier le déplacement du tireur, cela je ne le pouvais pas, c’est trop violent en moi.
Je voulais représenter un tableau plus apaisant, plus calme, mais je voulais aussi que mon émotion envers cette situation ressorte. C’est bien compliqué. Compliqué reflète bien que dans ma tête ce drame est toujours là, comme le premier jour et c’est cela aussi qu’il faut apaiser, avec le dessin.
Ce drame s’est déroulé sur les boulevards Béranger et Heurteloup.
Dans ces boulevards se trouvent de grands arbres tout le long des trottoirs, et  pourquoi ne pas les dessiner, cela pourrait représenter le chemin que ce tueur avait pris lors de ces tirs etc. Les arbres, à ce moment-là dans ma tête, représentait le “deuil”, je veux dire pour moi, c’est l’image d’une personne qui meurt et qui monte au ciel. Ce symbole là, permet de parler plus paisiblement de la mort. Les nuages, représentant le calme avec ces couleurs. Et en moi ça me disait que ceci pourrait aussi représenter toutes ces victimes qui ont perdu la vie dans ce drame.
Je voulais aussi symboliser cette peine, cette souffrance que l’adulte Béatrice ressentait dans ce qu’elle avait vécu ce jour-là. Mais je ne voulais pas le faire avec le mot violence, cela m’était impossible. Je voulais que ma peine soit mélangée dans le « décor « de mon dessin, qu’elle passe inaperçue, comme pour faire ressortir mon idée de digérer. Et là m‘est venue l’idée de faire un visage qui pleure dans les arbres, les arbres qui se trouvent sur ces boulevards.
Il y avait aussi la douleur physique que je ne devais pas oublier non plus dans mon aquarelle, donc un corps. Je devais faire un corps avec une espèce d’émotion indescriptible comme ce mot indicible. Mais de manière pour que par le regard on comprenne que la souffrance est là, aussi bien physique que psychologique, physique car quand ce tireur tirait c’est comme ci c’était moi qui recevais ces balles que tirait ce tueur au hasard ou sur les victimes, la douleur était là et elle était réelle.
Donc à ce moment-là j’avais tout pour monter mon esquisse, les idées étaient rassemblées.

Réalisation de mon esquisse et de son manteau aquarelle.

J’ai donc commencé par dessiner les arbres, et ce visage, puis ensuite j’ai continué par ce corps. Et cette marque, la représentation du fusil c’est ce qui représentera le tueur.
Pour le manteau, dans ma tête je ne pouvais pas mettre des couleurs gaies, je voulais rester dans les couleurs sombres, à la limite dans le deuil.

Matériaux utilisés :

Aquarelle réalisée sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
Pour les finitions crayons Art Grip Aquarelle.
J’ai utilisé les couleurs aquarelles suivantes : rouge vermillon, noir d’ivoire, terre de sienne brûlée, blanc de Chine, terre d’ombre brûlée.

Qu’avez-vous ressenti ?

J’avais au départ du mal à me concentrer sans me dissocier, malgré le soutien de l’exercice du livre.
J’avais cette frayeur de faire abstraction de mes émotions. J’avais cette angoisse de trop me dissocier, et de ne pas mettre sur feuille mon ressenti. C’est resté difficile jusqu’au bout je dirais. J’ai beaucoup observé l’aquarelle de loin lors de sa réalisation, aussi bien pour dessiner mon esquisse que pour y mettre les couleurs.
Beaucoup d’images sont revenues, y compris dans les émotions.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant mon dessin, je me dis que le côté violent ne ressort pas, c’était important pour moi.
Je me dis aussi : « Béatrice essaie de digérer ! »
Mes larmes montent, c’est moins violent dans ma tête, mais il me faudra du temps pour pouvoir digérer.

Je me dis aussi : « Béatrice essaie de ne pas trop y penser quand tu retourneras travailler avec les « blouses roses » ! », car ce drame a eu lieu tout tout près du RDV que j’avais eu dans cet hôpital avec mon fils ce matin-là et où je dois être aussi en bénévolat, deux à trois fois par semaine.
Même si je me sens un peu mieux depuis la production de mes dessins, je ne peux pas dire si j’ai réussi à bien représenter mon ressenti de ce jour-là. Mais un mieux est présent.

8 réflexions au sujet de « « La Tuerie de Tours » par BMP »

  1. Maintenant nous allons travailler sur les étapes du deuil :
    étape 1 : le choc, étape 2 : le déni, étape 3 : la colère & le marchandage, étape 4 : la tristesse & la dépression, étape 5 : la résignation, étape 6 : l’acceptation, étape 7 : la reconstruction.
    C’est ce qui vous permettra d’avancer.
    étape 1 : le choc – Ce sont les premiers dessins, ceux fait par la petite fille
    étape 2 : le déni – 

    Je me suis demandée : «  Mais Béatrice comment perçois-tu ce drame maintenant ? C’est une question que je ne me suis jamais posée, certainement pour ne pas aborder la frayeur de ressentir.

    Donc un dessin sur les lieux maintenant, quand vous repassez-là et ce dessin vous aidera aussi à retourner aux « blouses roses » sans avoir peur. Un dessin des lieux et de la peur. Où est elle et comment peut-elle partir.

    29 octobre 2001

    La tuerie a eu lieu ce jour-là. Les feuilles des arbres étaient-elles complètement tombées ? je pense qu’il sera intéressant de retourner sur les lieux le 29 octobre et de faire un croquis ce jour-là.
    —————————————————————-
    Pour l’expo des 25-26 novembre est-ce que ce travail sur la « Tuerie de Tours » pourrait-être exposer ? Je vous fais avancer sur la progression du travail thérapeutique.
    Le titre de l’expo pourrait être – Reviviscence : « La tuerie de Tours »
    6/ La petite fille qui dessine les lieux
    http://artherapievirtus.org/RAIVVI/bd-je-me-situais-ou-lors-de-la-tuerie-de-tours/
    5/ Celui-ci et les écrits qui vont avec :
    http://artherapievirtus.org/RAIVVI/bmp-le-vide-pas-si-vide-que-ca/
    4/ Votre premier dessin sur « la tuerie de Tours »
    http://artherapievirtus.org/RAIVVI/bmp-plan-de-la-tuerie-de-tours/
    3/ Le dessin du bocal serait intéressant à exposer et son explication
    http://artherapievirtus.org/RAIVVI/bmp-un-bocal-dans-mon-cerveau/
    2/ L’oignon est très important pour expliquer le fonctionnement du traumatisme et aussi parce que « émotion esthétique’ il est tellement vous
    http://artherapievirtus.org/RAIVVI/bmp-loignon-que-lon-pele-pour-trouver-la-vacuole/
    1/ Le tueur – Celui qui fait obstacle à l’intégration du traumatisme
    http://artherapievirtus.org/RAIVVI/bmp-le-tueur-de-la-tuerie-de-tours/

    1. Coucou 🙂 aujourd’hui je dois faire un essai aux blouses roses, voir si avec ma voix je peux toujours y aller, j’y vais de 16 à 19 heures à l’hôpital Clocheville.
      Donc je dois aller sur le boulevard, Je serais là, comment je sens la situation en moi… donc à voir pour un dessin. (« Donc un dessin sur les lieux maintenant, quand vous repassez-là « )

      « je pense qu’il sera intéressant de retourner sur les lieux le 29 octobre et de faire un croquis ce jour-là. »

      Ok je me le marque.

      « Pour l’expo des 25-26 novembre est-ce que ce travail sur la « Tuerie de Tours » pourrait-être exposer ? »

      Je vais demander lundi, mais si je le souhaite, je peux les mettre. Hier elle m’a demandé ce que je voulais mettre en dessin.
      Mis de côté déjà, ce dessin lui plait beaucoup.
      http://artherapievirtus.org/RAIVVI/bmp-un-bocal-dans-mon-cerveau/
      Ah oui je lui est parlé du livre aussi. Et les autres dessins que vous avez marqués, je lui dirais que j’aimerais les exposer, surtout que c’est une situation qui a touché tous les tourangeaux. Quitte à faire un petit coin exprès.
      Emmanuelle on en est qu’au début de la préparation de l’exposition, lundi on en saura un peu plus : quoi, comment, je verrais la salle etc. De toutes façons je vous tiens au courant j’y tiens :))))
      Et puis vous pouvez lui écrire pas de soucis elle me la dit.

      Ce matin je m’occupe des pommes je commence, mon esquisse qui a bien avancé.
      Pour retourner sur le « boulevard » ça c’est mieux, pour éviter trop l’angoisse de monter.

      Bon ateliers pour vous 🙂 et pour vos patients. Courage.

      1. Je lui ai envoyé un petit courriel hier soir et je pense qu’elle va me répondre.
        Ce serait bien qu’elles trouvent un projecteur de façon à montrer un power-point que je peux faire pour montrer l’évolution du travail.
        Je ne reprends mes ateliers que samedi, mais aujourd’hui je suis avec Webassoc pour travailler sur le modèle économique de l’association.

        1. Bonne journée avec webassoc alors 🙂 apprenez de bonnes choses qui vous seront utiles.
          Une super idée je trouve votre proposition, moi je voudrais que tout le monde puisse trouver sa place dans cette expo. C’est une belle proposition qu’on m’a faite.

    2. Je suis perdue dans les étapes j’arrive pas à les reconnaitre dans ma tête en sensation. Je ressens de la peur et un trou dans le ventre.
      Et je suis effrayée.

        1. :((((( :((((((( je n’arriverais jamais à surmonter tous ces traumatismes ça m’effraie, me terrorise quand j’y pense. Pourtant « merd… » j’essaie!!
          Je vais faire un dessin qui tienne debout.

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