BMP – «  Et si on restait dans l’ici et maintenant ? »


J’essaie de rester dans le présent le plus possible !
Pour lâcher-prise du passé, il faut rester dans le temps présent, et essayer de se projeter vers l’avant, sans se laisser envahir par le passé.
Voici quelque petits trucs que je me suis mis en place pour m’aider à rester dans le présent.
• Je dessine tous les jours. Ça a un côté aidant, agréable, c’est mon plaisir, et c’est mon médicament.
• Je continue à faire régulièrement dans la journée les exercices du livre « Gérer la dissociation d’origine traumatique” en particulier les pages : 40 & 41. Je me maintiens à deux par jour.
• Je me fais un petit planning pour la semaine, RDV, les « Blouses roses » etc. Et je l’accroche près de mon bureau bien visible. Il en va de même pour organiser mon travail sur le blogue. Je pense que savoir ce que je dois faire comme dessin par exemple, m’aide à me projeter. Cela permet aussi à ma concentration de mieux se centrer sur quelque chose de positif et non dans un cercle vicieux.
• J’essaie d’organiser mes week-ends à l’avance : car ils restent difficiles pour moi, parce que les dissociations sont plus nombreuses qu’en semaine.
• Par moment aussi dans la journée, je suce un bonbon sucré ou au goût acide comme au citron.
• J’ai également à mon poignet un élastique que je tire quand j’ai trop de dissociations : ce petit « claquement » sur ma peau m’aide un peu à ne pas trop partir loin dans ma tête.
• Quand j’y arrive, il y a aussi la sonnerie du réveil que je mets par exemple à sonner à l’heure du repas du midi. Cela me permet de savoir où j’en suis dans le temps qui coule et ça me permet de ne pas oublier que l’après midi va bientôt commencer. Je la mets également à sonner à 16h30, l’heure à laquelle ma petite dernière doit rentrer de ses cours du collège.
• Je me dis, plus j’aurais moins de dissociations, et plus j’arriverais à rester dans le présent plus longtemps. Ce lâcher-prise sera présent dans ma tête et me parlera encore plus fortement.
• Quand j’arrive à m’organiser à peu prés dans la semaine, le passé serait peut-être moins présent, je pourrais dire que le lâcher-prise serait plus là. Je pense que cette situation dépend de la force de mes dissociations et de mon état psychique dans ma tête.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Pour concevoir mon esquisse, je me suis basée sur le fait que je fais danser les couleurs et les formes tous les jours. Cela représente les mots « art-thérapie, plaisir, voyager, idée, concentration, réfléchir, présent ».
• Mon premier coup de crayon a été donc de dessiner le visage, en y incorporant un pinceau et un crayon, ce qui concrétise le fait que je dessine tous les jours.
• Puis je me suis dit que je devais faire apparaître le temps présent de la journée qui passe. Je voulais dessiner cela d’une manière originale. J’ai donc concrétisé une pendule en forme de note de musique.
En continuant ma réflexion plus loin, je me suis dit que ce serait encore plus original de dessiner le haut d’un corps, sous la forme d’un instrument de musique. L’idée du violoncelle est venue, le haut de cet instrument pouvant représenter le cou.
Je continuais sur mon mon idée du départ le fait que les couleurs dansent ainsi que les formes.
• Je devais également faire parler le mot “idée”, idée de dessin, mais aussi pour les couleurs, celle-ci je l’ai fait apparaître par cette ampoule qui brille en jaune.
• Et pour terminer j’ai dessiné une main : celle qui tient les crayons et les pinceaux pour pouvoir dessiner.
Dans l’ensemble de mon dessin, je voulais faire apparaître le temps présent : ce que j’y fais, ce qui prend de la place dans ma vie de tous les jours.
Pour concevoir le manteau de mon esquisse, le jaune me parlait beaucoup, cette couleur représente ce que j’aime faire, qui me donne plaisir mais aussi ce qui m’aide à rester dans le temps présent.
Cette couleur jaune, exprime la sérénité et la joie.
Je ne ressentais pas l’envie d’y mettre des couleurs aquarelle tristes ou violentes. Mon état d’esprit n’était pas ainsi dans ma tête. Même si ce lâcher-prise reste fragile.
Je voulais exprimer une forme apaisante et originale pour accompagner mon écrit.

Matériaux utilisés :

Dessin  sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
Peinture aquarelle, Crayon de papier, HB, 2B

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En observant mon dessin, je me disais oui c’était bien cela, le dessin dans la direction du futur, je souris en moi-même, car quand je me dis que dans ce futur où les dissociations seraient pratiquement inexistantes, je m’y sentirai bien.

BMP – Le 2 mai


Un dessin qui vient illustrer le commentaire d’Emmanuelle :

« II semblerait qu’il y eut un 2 mai de votre adolescence où vous avez été battue à mort et vous avez eu très peur. Pouvez-vous dessiner ça ? »

Alors j’ai dessiné l’une des situations où j’ai eu cette peur et c’était lié à ce pot dans lequel je devais faire pipi devant tout le monde. Sûrement que ça ne voulait pas venir, alors une de mes mères m’a battue à mort, j’avais eu très peur et surtout, je me sentais coupable de l’avoir mise dans une telle rage.
En fait, ce n’était pas la première fois qu’une telle situation s’est produite. Déjà petite cette situation de frôler la mort, a été reconnue et écrite sur un document. Cette situation est arrivée chez mes géniteurs. (Mes parents biologiques) j’ai un document ou il est spécifié que j’ai été hospitalisée au mois de décembre 1969 dans un état critique et inquiétant. De cela je n’ai pas de souvenirs, je dirais mon inconscient oui. Mais de la rage de ma mère adoptive, oui.

Description de la situation du pot :

J’étais assise sur ce pot bleu dans le couloir qui conduisait à la salle de bains, où une de mes mères nourricières se tenait.
Je ne faisais pas pipi assez vite pour elle, celle-ci me hurlait dessus, en me disant ce genre de phrases un exemple :
Tu es un monstre !
Tu sans mauvais !
Ferme là !
Dépêche-toi de dégager !
Je vais te cogner !
Comme un lavage de cerveau.
Et elle venait me secouer violemment pour m’aider à faire ce pipi qui tardait à sortir. (pas la première fois)
Et je ne ne sais pas ce qui s’est passé en moi, mais j’ai sorti les paroles suivantes : « Tue-moi ».
A ce moment là je suis devenue le punching-ball de ma mère nourricière.
Mon cerveau a été retourné dans tous les sens, y compris mon corps. Je ne me suis pas rendu compte que quelqu’un me déplaçait pour me ramener dans la chambre aux volets fermés. Je suis incapable de dire l’heure qu’il était, et quand je m’y suis retrouvée, je sais juste que c’était un dimanche et la date je suis incapable de m’en souvenir.
Mais je me rappelle d’avoir la lèvre ouverte, d’avoir un corps en morceau et de m’être retrouvée avec de gros bleus sur la figure et sur ce corps. Je suis restée enfermée dans ma chambre longtemps, ayant juste le droit de descendre pour réaliser le nettoyage. Et de la colère des deux mères nourricières qui du coup n’ont pas pu aller à la messe. Cette histoire de pipi à duré longtemps, et si je faisais dans ma culotte c’est moi qui devais la laver. Cette histoire de propreté allait avec ce côté petite fille modèle qu’elles voulaient toutes les deux pour moi, montrer ce qu’elles avaient été de faire de la petite fille sale qui leur avait été confiée. Cela les confortait dans une ‘belle image » d’elles vis-à-vis des autres.
Mais derrière ce tableau d’une petite fille heureuse, c’était de la violence et du mépris. Mais ça moi je trouvais ses situations normales.

Réalisation de mon esquisse.

Pour la réalisation de mon esquisse, j’ai eu du mal à tout représenter sur feuille, je voulais vraiment faire ressortir ce que j’ai enduré ce dimanche.
Donc j’ai commencé par dessiner cette gamine qui était moi avec mes rubans bleus.
Puis j’ai continué en faisant le mégaphone qui lui représente la violence, la force des paroles des mères.
Et j’ai terminé par ce poing qui représente la main de la mère nourricière. Ce poing représente ce mot « tabasser. »
Pour la couleur du manteau aquarelle pour mon esquisse, seul le rouge et le noir étaient présents dans ma tête, le rouge le sang et le noir la douleur et tout ce qui est apparu en séquelles dans le corps de cette gamine qui est moi.
Il n’y avait pas de couleur dans ma tête pour le manteau d’aquarelle de cette petite fille, juste la couleur des cheveux blonds, histoire de dire elle était là, que son corps était là, qu’elle existait à ce moment-là. Mais peut-être qu’elle n’y était plus dans ce corps.
Les éclairs c’est pour représenter la violence de cette situation et le fait que mon cerveau n’était plus là non plus, y compris cette petite fille.

Matériaux utilisés :

Peinture réalisée sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin. Pour les finitions crayons Art Grip Aquarelle.
J’ai utilisé les couleurs suivantes en aquarelle : noir d’ivoire, rouge vermillon, bleu de Prusse.

Qu’avez-vous ressenti ?

De la colère, de la violence dans ma tête, mais beaucoup de souffrance. Une certaine force, je la ressentais lors de la finition de mon esquisse dans mes doigts.
Beaucoup de dissociations, l’odeur de mes mères étaient là, mais aussi celle du reptilien. Dans ma tête je me demandais pourquoi cette odeur ressortait dans ce moment-là de cette situation.
Et il y avait cette odeur de bois pourri humide, qui était là aussi qui m’a pas mal angoissée. Et ça cette odeur là, reste un mystère, pour cette situation.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

Je me demandais comment peut-on faire vivre cela à un enfant. J’ai pleuré devant ce tableau, je venais de constater encore une fois que j’ai frôlé la mort de nombreuses fois et que je ne m’en suis pas toujours rendue compte. Je ne sais pas aujourd’hui si c’est un bien ou un mal. Je pense qu’une partie de Béatrice ne veut pas le savoir.
Cette situation était tellement fréquente peut-être pas aussi violemment, mais elle a existé aussi au mois de mai.
Pour finir je me dis : «  Béatrice aujourd’hui tu es là dans le présent », et ça me fait du bien de me le dire.