Conséquences – Reviviscence – La « Tuerie de Tours » – pour l’exposition de Beaulieu-lès-Loches

La « Tuerie de Tours » – lundi 29 octobre 2001

Les troubles psychotraumatiques (dont l’état de stress post-traumatique ESPT ou PTSD en anglais) sont définis comme des troubles psychiques complexes organisés autour de symptômes de reviviscence de traumatismes (mémoire traumatique) associés à des symptômes d’évitements, des symptômes dissociatifs, des symptômes dysphoriques et des symptômes d’hyperactivation survenant à la suite de la confrontation d’un individu à un ou plusieurs événements stressants vécus comme particulièrement agressifs ou dangereux, impliquant le plus souvent une menace vitale (Louville et Salmona 2013). Ces troubles psychotraumatiques sont des réponses normales et universelles à des traumatismes majeurs, toutes les victimes qu’elles que soient leur âge, leur sexe, leur milieu socio-culturel, leurs origines, leur histoire et leur personnalité peuvent en être atteintes. Le risque de survenue d’un psychotraumatisme existe pour des traumatismes de toute sorte (catastrophes naturelles, accidents, violences) mais il est plus élevé après certains types d’événement, et notamment après les différentes formes d’agression interindividuelle. En dehors de situations de conflits armés, les violences qui vont avoir le plus d’impacts traumatiques sont les violences intra-familiales, conjugales et surtout sexuelles qui touchent principalement les enfants et les femmes, c’est pour cela qu’en population générale les femmes sont bien plus nombreuses que les hommes à présenter un ESPT.

Docteur Muriel Salmona

Le jeudi 17 août 2017 a eu lieu un attentat à Barcelone en Espagne.
Béatrice va mal. Elle revoit en flash le tueur de la « Tuerie de Tours.

BMP – Le tueur de la « Tuerie de Tours » – 27 août 2017

BMP – L’oignon que l’on pèle pour trouver la vacuole – 29 août 2017

BMP – Plan de la « Tuerie de Tours » – 30 août 2017


Hors exposition

BD – Je me situais où lors de la « Tuerie de Tours » ? – 31 août 2017

Dessin de la petite fille de Béatrice – Une partie émotionnelle dissociée, celle qui était là lors de la tuerie, celle qui se souvient de ce qui s’est passé.

« La Tuerie de Tours » par BMP – 12 septembre 2017


BMP – Trou dans mon ventre – 15 septembre 2017

Etant donné que l’événement a eu lieu au mois d’octobre, l’art-thérapeute a demandé à Béatrice de retourner sur place au lieu de contourner l’endroit pour se le réapproprier avec les couleurs réelles et non celles du feu que le drame a laissé sur son passage.

BMP – Le boulevard Béranger – 21 septembre 2017

 

BMP – Une plante sauvage

Beaucoup de choses me turlupinent en ce moment dans ma tête.
Il y a des situations positives mais elles sont envahies par mes nombreuses dissociations. Et ça m’énerve, j’essaie de les accepter, de parler à mes différentes parties émotionnelles, mais quand elles se montrent aussi violentes, mes mauvaises pensées arrivent, je me demande si mes différentes parties m’écoutent un peu. Cette situation restera un mystère je pense, mais j’espère toujours qu’un jour dans ma tête et dans ce corps ça finisse par passer et que ça ne parte plus dans tous les sens.

Comment avez-vous dessiné ?

J’aime bien construire des formes diverses un peu dans le vent en ce moment.
Dans des moments comme celui-ci, je prends mon crayon et je dessine des traits, quand cela me tournicote de trop dans ma tête. Cette peinture au début n’avait pas de titre bien défini. Cela arrive parfois qu’il n’y en ai pas toujours, et que celui-ci vient à la fin du dessin. C’est peut-être le côté de ma concentration, et imaginaire qui se montrent plus fragiles dans ces moments-là, je n’en sais rien finalement.
Donc pour ce dessin cela s’est passé ainsi sans titre, juste des traits. Ce côté mystère par moment m’amuse car j’ai cette impression que parfois c’est lui qui finalement s’exprime, et prend les commandes et non Béatrice.

La peinture c’est cela aussi.

Donc pour mon esquisse, je me suis mise à construire plein de formes, je voulais du mouvement dans celles-ci, à l’image de mes dissociations en ce moment. Je souhaitais aussi qu’elles montent en hauteur comme une flamme de feu, voilà il n’y avait rien d’autre à part cela. Définir la place des formes, ça ne me parlait pas du tout. Le hasard !
Pour le manteau aquarelle, avant, j’ai observé mon esquisse de loin, pour quand même y chercher une forme, pour le final. Je ne voulais pas que le mot « fouillis » apparaisse dans ma caboche.
Le mot dissociation ne m’a pas quittée. Je voulais aussi y mettre des couleurs vives, gaies, ce qui n’allaient pas avec ce qui se présente quand mon cerveau est rempli de dissociations. Mais je pensais aux situations positives (le livre, le fait que j’avance doucement, le fait que je vais faire cette matinée de formation demain même si c’est l’angoisse qui m’envahit etc) d’où les couleurs.
le mot me surpasser était présent.

Matériaux utilisés :

Peinture réalisée sur feuille de format de 50 x70 cm à grain fin.
Pour les finitions crayons Art Grip Aquarelle.
J’ai utilisé les couleurs aquarelles suivantes : orange, rouge vermillon, vert jaunâtre, jaune Naples, noir d’ivoire, blanc de Chine, vert foncé, rouge cramoisi, bleu cobalt, jaune moyen, mauve, cramoisi d’Alizarine, violet.

Qu’avez-vous ressenti ?

Des moments de blanc, des moments d’angoisses, des questionnements, des moments d’incertitudes, oui certainement ridicules, de la souffrance, et je sentais ma gorge se serrer pour ne pas laisser mes larmes couler.
Une grande soif était présente, et cette espèce de lourdeur dans ma tête. Je voulais y mettre de la couleur pas de la tristesse dans ce tableau.
Je me suis sentie fautive et c’est aussi dû au fait qu’aucune forme travaillée ne ressorte de mon esquisse.
Le mot inachevé avait fait son apparition.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant ce dessin, je me disais que cette peinture représentait le mouvement de mes dissociations. Finalement elle reste gaie. Mais un peu plus tard, je l’ai regardée une autre fois, de beaucoup plus loin, et là je la trouvais étouffante finalement. Et je voyais beaucoup beaucoup de rouge, alors qu’il n’y a pas que cela comme couleurs.
Pourtant je me sentais bien moi, le mot incompréhensible était présent.
Tout comme le fait que je ne me sentais pas à ma place dans ce corps aujourd’hui etc. et qu’on me regarde en tant que folle et j’en passe.