BMP – Les trous dans le corps

Je ne sais pas trop où est ma place dans cette exposition et le résultat que ça va donner.
Je ne veux pas exister en ce moment, c’est moi qui le demande là.
Je ne veux plus ressentir ces doutes, ces questionnements, ce manque d’insécurité etc. J’ai trop de mal et ça m’effraie, à la limite ça me tétanise dans ma tête.

Je n’oublie pas que j’ai, en ce moment, des crises de dissociations assez fortes et que cela reste compliqué dans ma tête. Peut-être qu’il en est resté une petite trace dans mes gestes lors de la concrétisation de cette aquarelle.

Comment avez-vous dessiné ?

Mon but était de transcrire en forme cette situation. Une idée d’Emmanuelle :

« J’ai l’impression d’avoir un trou dans le dos et de ne plus avoir de bras, et aussi avoir un trou derrière ma tête. » Dessinez ça.

Voilà ce dont je me souviens sur ce dessin :
1-Béatrice adulte avait son idée d’esquisse. Mais après c’est devenu plus flou :
– Je me rappelle d’avoir dessiné l’esquisse, mais je ne saurais dire jusqu’où.
– Je me rappelle de me voir prendre mon crayon.
– Je ne me rappelle pas par contre d’en regarder le déplacement sur la feuille, et d’en suivre le mouvement comme à chaque fois, car cette situation, m’aide à me concentrer.
– Je ne sais plus si mon idée initiale était encore présente dans ma tête lors de l’esquisse, je suis incapable de m’en souvenir.
– Je savais, et comprenais en tant que Béatrice adulte, le but de cette demande d’Emmanuelle. Au sujet de ce travail qui était d’illustrer et de faire jaillir cette situation que je ressentais en moi dans ce corps, alors que celui-ci ressemblait à une chose qui se déplaçait avec des trous et sans bras.
– Je me rappelle d’avoir une impression dans ma tête, d’un trop plein et d’être serrée.
– Je ne me rappelle pas des sensations que j’aurais vécues dans ma tête.
– Je ne me rappelle pas d’avoir ressenti mon corps attaché à ma tête.
– Je me rappelle d’une douleur au-dessus de ma tête et qui descendait dans mon cou.
– Je me rappelle d’avoir éprouvé un vide et de m’étre retrouvée dans le noir, mais je ne sais pas où.
– Je me rappelle d’avoir éprouvé de la frayeur.
– Je me rappelle d’être perdue et de rechercher mes repères.
– Je me rappelle d’avoir cette frayeur de me faire punir.
– Je me rappelle d’avoir senti des odeurs, comme par exemple l’odeur du sang et une odeur forte, acide, et l’humidité, le froid et après plus rien…
– Je me rappelle d’avoir voulu du noir en couleur, mais je ne me rappelle pas de les avoir choisies toutes et de me voir en déposer sur ma palette.
– Je me rappelle d’avoir eu une grosse angoisse quand j’ai regardé mon dessin fini.

J’ai fait une pause

Quand j’ai observé mon dessin après une pause, ma première réaction a été que je voulais absolument rajouter cet œil qui regarde dans la direction du haut.
Je voulais garder en moi cette force qui me pousse à regarder vers l’avenir, droit devant.
J’avais une grande angoisse dans ma tête si je ne réalisais pas cet œil, c’était une pulsion forte.
Je pense que j’ai ce besoin de me rassurer en ce moment dans ma tête beaucoup plus que d’habitude.
J’avais une espèce d’inquiétude, qui me paraissait interminable.
Je voulais rajouter ma patte dans ce dessin qu’une de mes personnalités avait exprimé dans son ressenti sur le moment.
Passé ou présent ? Je ne le sais pas, il n’y a rien dans ma tête.
Je voulais faire comprendre à cette partie émotionnelle qu’elle n’avait rien fait de mal.
Comme si j’avais cette impression qu’elle allait se faire punir si je ne disais rien.
Je suis incapable de dire si l’adulte Béatrice se sentait bien réellement, je ne sais pas, même en écrivant mon texte.

Matériaux utilisés

Aquarelle conçue sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
Pour les finitions crayons Art Grip Aquarelle.
Je me suis servie des couleurs aquarelles suivantes, celles qui se trouvaient sur la table : gris de Payne, blanc de Chine, noir d’ivoire, cramoisi d’Alizarine.
Pastels secs.

Que ressentez-vous face à cette aquarelle ?

En regardant cette aquarelle, ma première réaction a été de tiquer car je ne la trouve pas vraiment compréhensible. Dans ma tête il y a cette impression qu’il ne se dégage pas un trait de crayon d’adulte dans sa conception.
Je serais presque à me dire que c’est une de mes parties émotionnelles qui s’est exprimée.
Je ne sais pas, je ne ressens pas de colère, ou d’angoisse, ou de plaisir…
Simplement ces mots sont là dans ma tête : « Pour une fois », je souris, comme rassurée.
Après je suis là à éviter les questions, comme un interdit en moi qui s’est installé.
Je ne sais pas pourquoi je ressens cette impression que ce n’est pas moi dans ce corps en ce moment.
A l’heure de l’écriture de ce texte je recherche dans ma tête quelque chose, mais je ne me rappelle plus.
En relisant mon texte, je ne sais pas qui est là dans ma tête et qui en a pris le contrôle.

BMP – La grande méfiance qui m’envahit

La grande méfiance qui m’envahit, représentée par un demi visage.
J’étais déjà méfiante, depuis toujours. Mais maintenant, avec ce que je vis, je le suis encore plus. Cette méfiance est devenue un vrai roc en moi, un rocher. Ce sont donc avec ces premiers mots qui sont comme des indices que je voulais commencer mon esquisse.
Mais dans ma tête ce n’est pas aussi simple.

Comment avez-vous dessiné ?

Pour m’aider à expliciter mon esquisse je devais faire ma chaîne de mots. Après réflexion la voici :
Si je me méfie, je ne fais pas confiance, je ne me livre pas comme avant. Beaucoup moins, sauf avec les personnes qui s’occupent de moi et parfois il m’arrive d’avoir du mal à trouver les mots. Donc pour la réalisation de mon esquisse, je ne vais pas représenter un visage ouvert, complet, mais juste un demi-visage. Et comme cette méfiance est très forte, je la traduis par un rocher. Mais je voulais montrer que je ne pouvais me défendre, alors j’ai pensé à rajouter des doigts mais pas la main : des doigts pour attraper si on vient m’agresser. Donc dans ma tête, au moment de la réalisation de mon esquisse c’était comme ça.
J’ai donc commencé par faire naître le demi-visage, les rochers au-dessus de celui-ci, ensuite j’ai dessiné les doigts. Et j’ai terminé en entourant ce visage par des rochers tout autour de lui. Car ces rochers représentent une protection. Une protection contre des personnes qui s’approchent de moi de trop près.
Pour mes enfants je sais que je ne dois pas me montrer trop protectrice, voire étouffante et ça j’y viens petit à petit, même si parfois je voudrais éviter qu’ils souffrent.
Pour le manteau en aquarelle, pas de couleurs vives.
Je ne voulais que du marron, et une petite touche de gris. Mais en écrivant mon texte, je viens de m’apercevoir que j’ai utilisé du jaune ocre, mais pour moi sur le moment cela a été du marron.
J’ai eu pas mal de dissociations. Peut-être que ça explique le jaune en plus.

Matériaux utilisés :

Aquarelle réalisée sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
J’ai utilisé les couleurs aquarelles suivantes : blanc de Chine, gris de Payne, ocre jaune, terre d’ombre brûlée.
Finitions crayons Art Grip Aquarelle.
Petite touche discret en spatule à la fin.

Qu’avez-vous ressenti ?

Il y a toujours cette terreur qui est là. J’essaie de l’affronter, ce n’est pas facile. Dans ma tête je veux absolument faire ce bilan sur un papier, le positif et le négatif de ces 29 années passées avec mon ancien ami. Mais je n’y arrive toujours pas. Dès que j’essaie mon cerveau se met en mode stop et tout s’arrête, je suis tétanisée plus rien ne bouge, rien, pas une pensée, pas une idée, pas une sensation, pas une envie, rien ne ressort. Comme si tout était gelé. C’est affolant.
Je ressens beaucoup des périodes du passé.
Des dissociations fortes rapprochées, j’ai l’impression de ressembler à une toupie, de tourner de tourner encore et encore…

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

Dire : oui je suis sûre de l’idée qui était en moi pour la réalisation de cette aquarelle, quand je m’y suis mise. Pour le reste, impossible de parler de mon ressenti.