BMP – Trou dans mon ventre


J’ai du mal avec la ‘Tuerie de Tours », avec ce fusil, qui me renvoie à mon géniteur. J’ai du mal à aller sur ce boulevard, je dois trouver une solution pour digérer encore plus tous ces événements.
Mais voilà, dire ou écrire en me disant que cela suffit pour que ça aille mieux, ça je peux le faire, mais hélas la réalité est toute autre dans ma tête, car c’est à mon cerveau de faire cet effort pour aller mieux, de comprendre que comme on me l’a si bien dit que « c’est du passé », que je ne risque rien, sauf que même si mon cerveau veut aller mieux, ce n’est pas si facile, ni si simple.
Je n’ai pas encore trouvé comment faire pour éviter que ces souvenirs, ces situations qui surgissent dans mon cerveau.
Comment expliquer à mon cerveau qu’il doit aussi fonctionner autrement.
Qu’il faut qu’il écoute les conseils qu’on lui donne, qu’il puisse comprendre ce que Béatrice essaie de lui faire comprendre aussi.
Oui ce n’est pas si simple de gérer tout ce qui se passe dans nos têtes, car comme je l’ai déjà écrit, on n’a pas toujours la main sur ce qui se passe en nous, y compris sur le mode de fonctionnement.
Donc pour en revenir à mon dessin, j’avais expliqué à Emmanuelle, ce que je ressentais en moi : « ce trou dans mon ventre “, car c’est cela qui se passe pour moi en ce moment et elle me propose de le mettre sur papier, afin que ce mal-être diminue un peu. Du moins moi c’est ce que je perçois, car effectivement quand je dessine un mieux est là.
Donc en ce moment, je ressens de la frayeur, de la peur pour sortir de chez moi, et ce trou dans mon ventre, comme si on m’avait tiré dessus, avec un gros calibre et que ça a fait exploser tout l’intérieur de mon corps.
Il y a aussi ce côté dissociation qui est là, cette situation d’être là spectatrice, d’être en haut et de voir ce trou en moi, tout comme ce sang. Et de disparaître car la douleur est trop violente. Béatrice elle ressent réellement cette douleur, pourtant elle n’a pas de trou dans son ventre. Mais pourtant le traumatisme est là ! Et d’où sort-il celui-ci ?
À quoi correspond t’il vraiment ?
Pourquoi Béatrice ressent-elle cela en elle ?
Oui il y en a des questions, oui, il y en a des réponses à donner, mais c’est tellement compliqué ?
Donc pour mettre à plat sur feuille ce mal être, je devais avant tout réfléchir pour savoir comment je pouvais faire ressortir ce que je ressentais moi dans ce corps, en évitant de me dissocier. Et ça ce n’est pas toujours gagné, donc j’ai quand même essayé.

Comment avez-vous dessiné ?

J’ai donc commencé à dessiner en premier le côté dissociation, en représentant les bras difformes, pas à leur place, les seins très hauts par rapport à la place habituelle où ils devraient être.
Puis j’ai continué en dessinant ces mains qui représentent la peur, la frayeur. Je me suis dit : là c’est dans la position des mains que ce mot « frayeur » pouvait ressortir et être compris.
Et j’ai ensuite continué mon esquisse, en dessinant ce trou dans mon corps, cette situation que je ressens, et qui est tellement présente que je crois vraiment que ce trou est là.
Pour la réalisation du manteau de mon esquisse, seuls le noir et le gris pouvaient être présents dans mon tableau, ainsi que cette touche de rouge pour représenter ce sang qui coule.
Dans ma tête, c’était impossible de mettre de la couleur, même sombre.

Matériel

Dessin réalisé sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
J’ai utilisé les crayons 4B, HB, 2B.
Pastels secs.

Qu’avez-vous ressenti ?

J’ai eu cette douleur au niveau du ventre qui était là, elle était réelle. Et pas dans ma tête. Et c’est cela que je me disais qu’il faut entendre aussi. Mais je me disais : non Béatrice tu n’es pas folle, car ça aussi on pourrait avoir des doutes.
Des images sont venues violemment m’envahir, ainsi que ces moments de blanc, moments où je me suis sentie, comme coupée en plusieurs morceaux dans ma tête.
J’ai ressenti cette frayeur qui m’a poussée à me dissocier et me retrouver dans la chambre, complètement vidée et perdue.
A ce moment là je devais absolument faire deux exercices du livre « le toucher et la respiration ».
Il y avait aussi la sensation d’une immense solitude, personne pour m’aider, personne pour être avec moi, mais cela a diminué doucement.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

En regardant mon tableau, je me suis dit que j’aimerais pouvoir me transporter en lui, pour savoir si cela représente bien ce que je ressens.
Je ressens moins d’angoisse en moi, mais même si le reste est compliqué dans ma tête, la frayeur est un peu moins forte.

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