BMP – Recoller mon cou avec mon corps

Je voudrais me recoller le cou avec ce corps qui est le mien. Oui c’est une « drôle » de réaction et une drôle de réflexion certes mais c’est ce que je voudrais faire.
Il n’y a plus de connexion « normale » entre ma tête et ce corps, entre ce cou et ce corps. J’ai cette impression qu’un détachement a eu lieu entre les deux parties depuis mon opération, alors que cette partie ne devrait représenter qu’un morceau. Je veux dire un corps entier, le début de ce morceau la tête et la fin qui sont les pieds.
Parfois même, je me demande si quand je mange la nourriture ne s’arrête juste au niveau de ma cicatrice, qu’elle n’arrive pas aller au-delà, au niveau de ce cou. Et qu’après c’est un mur qui se dresse. Comme un interdit qui surgit pour dire rien ne doit circuler après, rien de doit aller circuler dans ce corps. Mais que tout doit rester dans ce haut de ce visage, dans la bouche quitte à cracher quand ça coince quand l’étouffement est là, afin d’éviter un bouchon, un déraillement.
Pourtant dans ma tête, la réalisation d’une esquisse en mouvement était présente. Comme pour me dire : rien n’est en arrêt ou mort. Que malgré les difficultés que je rencontre, ça bouge et rien n’est en mode stop, mais simplement en mode cour-circuit, et déraillement.
Cette situation me fait penser au mot « réapprendre ». Réapprendre à refonctionner convenablement. Réapprendre à avaler, à parler, à boire, à manger, à tousser, à me tenir convenablement avec ce corps, à repirer convenablement. Comme une nouvelle naissance. Je dois réapprendre tout.

Comment avez-vous dessiné ?

J’ai commencé mon esquisse par la réalisation du visage, de ce bout de main qui est là, mais je ne sais pas trop pourquoi. Comme pour éviter de faire un deuil je pense. Le deuil qu’une séparation définitive entre ce corps et la tête. Car l’opération a crée une séparation entre le cou et le corps.
Puis j’ai continué par dessiner le reste du corps, mais en morceaux. Pour moi le corps fonctionne mal donc des morceaux correspondaient bien à la situation, je voyais ce corps ainsi au moment de la réalisation de mon esquisse. Un peu aussi ressemblant au mot « dissociation ».
Pour la réalisation du manteau, aucune couleur. A part cette touche de rouge. J’ai juste joué avec le degré de la couleur grise avec mon crayon. Je parle du ponçage avec mes doigts.

Matériaux utilisés :

Peinture réalisée sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
J’ai utilisé les crayons graphic suivant : 6B, 7B.

Qu’avez-vous ressenti ?

Parler de ce sujet me met mal à l’aise, une gêne est là. Mais il y a aussi une forte angoisse, et frayeur devant cette situation. Il y a aussi ce côté à allez mieux, mais aussi j’ai la trouille de la suite.
Pour les moments d’angoisses fortes, j’ai lu le livre : « gérer la dissociation d’origine traumatique », à la page 40, 41. Cela me permet de revenir dans le présent et de ne pas oublier les divers exercices que je peux réaliser dans les moments difficiles.
J’aime bien faire l’exerce « du toucher », cela me permet de ressentir quand la sensation du toucher est difficile parce qu ‘elle est due à une crise de dissociation forte.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

Une partie de moi voudrait plus de noir, le mot deuil est là, mais ce mot me rend dingue en ce moment.
Parfois j’ai cette impression de ne jamais me défaire de ma belle-mère ; trop de souvenirs d’elle ressortent.
Mon angoisse est moins forte, mais je sens bien qu’un rien peut provoquer une dissociation à m’en faire perdre les pédales.

4 réflexions au sujet de « BMP – Recoller mon cou avec mon corps »

  1. Cette situation me fait penser au mot « réapprendre ». Réapprendre à refonctionner convenablement. Réapprendre à avaler, à parler, à boire, à manger, à tousser, à me tenir convenablement avec ce corps, à repirer convenablement. Comme une nouvelle naissance. Je dois réapprendre tout.

    Le mot convenablement me chiffonne. C’est un champ lexical de vos mères nourricières. Il n’y a pas de convenable puisqu’elles vous ont interdit de sentir quoique ce soit en ce qui concerne le fonctionnement de votre corps. Alors oui, effectivement maintenant, vous le découvrez et vous sentez comme « cette machine » est merveilleuse et en plus, elle vous appartient !
    Le dessin vous aide-t-il à comprendre comment il fonctionne ?

    1. « Le dessin vous aide-t-il à comprendre comment il fonctionne ? »

      Le dessin m’apprend que mon corps ne doit pas fonctionner en mode de survie. En dessinant je découvre son fonctionnement. Je dirais peut-être aussi que mon regard est moins violant envers cette machine.

      Pour remplacer le mot ‘convenablement’ je mettrais peut-être ‘fonctionner’ d’une façon logique. J’aurais dit « normal » mais je me dis aussi que la normalité dans un corps n’existe pas, j’en reviens au mot rentrer dans des cases.
      Parfois je me dis que ma machine fonctionne en mode de survie et dans le passé.
      Ce matin la machine est compliquée avec de gros soucis et je ne sais que faire.
      Mais oui, elle est merveilleuse elle nous permet de vivre, de découvrir, de bouger, etc. Mais elle déraille quand elle n’est pas contente.

        1. Effectivement car en ce moment cette superbe machine m’échappe.

          « Quand elle sera votre et plus elle, vous en ferez ce que vous voudrez. »

          Oui 🙂

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