BMP – Le cri de la tristesse


Par moment quand la tristesse est trop forte, ça donne ça en forme. On a juste envie de hurler sans pour autant expliquer ce qui se passe en nous à chaque fois.
Par moment c’est tellement violent, que les larmes ne coulent plus, elle sont comme retenues et noyées dans ce cri. Après on essaie de se tenir droite parce qu’on a cette crainte sinon d’être montrée du doigt ou alors d’être mise à nue par des mots blessants, sans oublier les jugements. Tout comme parfois on préfère détourner la tête et se dire : « ça va ».
On préfère juste l’ignorer cette peine. On ne veut pas savoir non plus si de la colère l’accompagne, non, car on est effrayée de toutes ces angoisses qui seraient là à nous emprisonner dans leur filet.
J’en reviens à ignorer. On observe que quelque chose ne va pas bien, mais on ne dit rien et par moment cela va jusqu’au silence ! Bien ou mal on n’y pense pas. Ce cri est là, mais on voudrait le cacher, le rendre transparent !
Alors parfois quand cette tristesse apparaît parce que c’est un peu comme si on était perdu, comme si on nous avait envoyé « valdinguer » dans le vide.
Alors dans ces moments-là on aimerait juste pousser ce cri, pour faire voler tout ce qui se trouve autour de nous, mais tout en restant dans une transparence et sans bruit. Comme une espèce d’inaperçu. Faire fuir ce qui nous fait de la peine ou autre. Juste pour laisser place à ce qui nous fait du bien, que cela soit à l’intérieur de nous ou au regard des yeux mais aussi au regard des autres. Sans bruit. Mon dessin sera donc porté sur ce cri de la tristesse.

Comment avez-vous procédé pour la concrétisation de votre esquisse ?

Je voulais faire apparaître dans mon dessin, le fait que cette tristesse ressentie en nous peut vraiment, par moment, transpercer notre corps. Ceci je l’ai retranscrit par tous ces traits en mouvement qui sont un peu partout dans ma forme. Je l’ai aussi fait apparaître dans la position du corps et dans les mains, qui aussi font parler cette situation de crispation liée à cette douleur de la tristesse.
Je voulais aussi dessiner le fait que cette tristesse lors de son passage pouvait par moment détruire en même temps des morceaux de notre intérieur. Pourquoi je n’ai pas dessiné un corps en entier, mais juste par morceaux et que celle-ci pouvait nous provoquer des crispations au niveau de notre corps et dans les membres, comme pour nous figer dans le temps présent.
Tous ces événements sont noyés dans la position, l’expression et dans la forme de mon dessin. Peut-être que même par moment cela pourrait passer inaperçue. Comme pour faire « parler » cette ignorance et cette transparence. Je n’ai pas non plus fait apparaître des larmes, car comme je l’ai écrit dans mon texte, celles-ci restent noyées et retenues par la tristesse.
J’ai donc commencé par dessiner la forme de mon corps et ce n’est qu’ensuite, que j’ai fait apparaître les détails qui donneront naissance à toutes les émotions que cette tristesse peut provoquer.
Pour concevoir les couleurs, pour recouvrir mon esquisse, d’emblée je voulais faire apparaître du rouge, parfois discret et parfois plus dans la violence. Dire que cette tristesse fait mal. Puis j’ai rajouté cette petite pointe de bleu, peut-être pour dire que tout ne fait pas souffrir, je n’en sais rien, mais elle est là.

Quels matériaux avez-vous utilisés ?

Dessin conçu sur feuille blanche 36 x 48 cm
Crayons graphic 7B, 3B, 6B, 4B, pastels secs.

Que ressentez-vous en regardant votre production ?

En observant mon dessin, je perçois la violence que la tristesse peut provoquer. Le cri est là, mais je rajouterais qu’il n’est pas suffisamment fort dans son expression. J’ai cette impression qu’il se décolle de la feuille et qu’il ne reste pas à plat dessus. Je voudrais que ce cri reste emprisonné sur celle-ci ! Je ne me sens pas finie. Je voudrais que cela reste dans la transparence, sans bruit et inaperçu.

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