BMP – Gêne et étouffement

Gêne et étouffement ; la réalisation de la couleur sur mon esquisse.

BMP – Esquisse : Gêne et étouffement

Je voulais représenter sur feuille ce vécu d’étouffement et cette gêne qui est toujours d’actualité depuis mon opération, vécu qui est obsèdant et qui provoque de l’agacement en permanence. J’ai déjà assez de mal à gérer ce qui existe dans ce corps et dans ma tête, sans avoir besoin de rajouter ces séquelles.
Je voulais aussi dans ce dessin marquer l’emplacement de mes difficultés sur ce corps.
Je voulais aussi représenter cette sensation d’être emprisonnée par ces séquelles de cette opération, ce que je vis en prison.

Comment avez-vous dessiné ?

J’ai donc commencé mon esquisse par la réalisation du visage. Une fois celui-ci dessiné, j’ai positionné ma feuille sur le chevalet pour voir ce que cela donnait.
Puis j’ai continué mon esquisse par la réalisation de tous ces morceaux, qui traduisent cette gène et cette sensation d’étouffement. Car il m’arrive de ressentir cet effet de puzzle d’abord au niveau du cou, puis plus bas et finalement vers la cage thoracique.
Il n’y a pas de bras car j’ai fait un lien avec le mot « colère ». Interdiction de l’exprimer.
Pour le manteau aquarelle, je ne voulais que du rouge et du noir. Mais je voulais aussi retranscrire ce phénomène de prison, ce qui explique les traits qui sont dans ce dessin.
Mais, je ne voulais rien d’agressif, juste de la douceur, comme un pansement que je mettrais sur ces séquelles qui, me mine de rien, me bouffent la vie.

Matériaux utilisés

Dessin réalisé sur feuille de format de 50 x 70 cm à grain fin.
Pour les finitions crayons Art Grip Aquarelle.
Pastel à l’huile, pastel secs.
J’ai utilisé les couleurs aquarelles suivantes : blanc de Chine, noir d’ivoire, rouge vermillon.
Crayon : S, B

Qu’avez-vous ressenti ?

Il y a cette colère et en faire sortir la pression est compliqué pour moi.
Malgré cette situation de colère je voulais absolument faire ressortir de l’émotion dans mon dessin. Je parle dans la position du visage et dans la position du haut de ce corps.
Je ne voulais pas que ma colère ressorte, je voulais la cacher. C’était important pour moi, même si c’est à la limite du « déni ».
Il y a eu aussi le mot « incompréhension » qui est ressorti. Et cette question qui me taraude : pourquoi tout tourne au vinaigre dès que je dois subir la moindre intervention, pourquoi est-ce que ça ne peut pas être simple ?
J’ai eu de la colère mais aussi des moments de blancs, ce qui me faisait penser à une interdiction de m’exprimer dans ma tête. Un retour dans le passé : Tais-toi. Tu ne dois pas exister !
Perturbant quand le passé remonte, m’attrape et m’attaque.

Que ressentez-vous face à ce dessin ?

Quand je regarde mon dessin le mot bâtiment est là, ainsi que le mot prison.
Mais pourquoi bâtiment ?
Je ne ressens pas d’angoisse en le regardant, mais juste de l’incertitude.

Proposition d’illustration de livre

Mon ressenti devant cette proposition d’illustration proposée par Madame Sabrinaon concernant le livre :
Vacío (Le Vide) .

J’ai été étonnée que l’on me fasse une proposition pareille, car illustrer un livre ce n’est pas rien.
Cela demande de l’application, un travail sérieux, de la recherche, de l’imagination. Mais surtout pour moi cela  me renvoie à ce mot « confiance ». Que l’on m’accorde une confiance pareille, pour moi ce n’est pas rien, c’est même très fort.

Je connais cette confiance avec Emmanuelle qui m’accorde cette confiance. Elle m’a proposé de travailler sur des sujets forts, comme par exemple dessiner le logo pour les attentats, travailler sur l’affaire Outreau, participer au premier concours de « don » et puis il y a eu cette exposition qui a été un sacré événement.

Six personnalités en quête d’auteur

Toutes ces propositions me rendent plus forte et me permettent aussi de me dire : « tu vois, tu n’es pas nulle »

J’écris « accorder » car pour moi la confiance se mérite. On ne la reçoit pas juste en claquant des doigts. On doit faire ses preuves, on doit montrer que l’on est capable de faire ce qui est proposé. Et ces situations pour moi, sont toujours restées fragiles, car me dire : « Oui Béatrice tu es capable de faire ! » cela reste encore compliqué de l’admettre. Je pense que le fait d’avoir des troubles dissociatifs joue aussi sur ma confiance en moi. Ce problème d’oublier sans le faire volontairement une situation, qui peut parfois me déstabiliser beaucoup, et déstabiliser aussi les personnes. Quand la personne qui me demande quelque chose, me connaît bien ça se passe bien, mais quand c’est une personne qui ne me connaît peu ou pas du tout, cela peut-être plus compliqué. Et parfois des mal-entendus ressortent et moi je ne dis rien car les mots « faire des histoires « est là et me terrifie, je redeviens cette petite fille dans le passé qui ne devait pas se faire parler d’elle.

Je rajouterais le mot « fierté » aussi, car ça aussi dans ma tête c’est fragile. Non pas que je ne sois pas fière de ce que je peux faire et réaliser, mais c’est de se dire : « soit fière de ton travail c’est le tien, tu as travaillé pour”. Et je dirais aussi que c’est s’accepter comme on est, c’est accepter d’avoir une place dans cette société, avoir une place avec l’état physique et psychique qui est le sien. Et tout cet ensemble reste très fragile, même si une évolution est là.

Quand on m’a fait cette proposition, ma première réaction a été : mais pourquoi moi ?
Est-ce-que je mérite cette confiance ?
Et puis après, ça été de savoir ce que j’ai fait pour qu’on me fasse une telle proposition ?
Et puis après je me suis demandé si j’allais être capable de réussir ce projet ?
Je dirai que c’est comme une remise en question sur soi. Mais le tout englobé d’une bonne surprise et de fierté.

Cette nuit il y avait des questions dans ma tête : quelles couleurs je vais mettre ? Des tristes, des gaies ? Quel genre de dessin je pourrais faire naître pour ce livre ? C’est plus dans la projection dans cet événement. Le côté j’angoisse, est moins présent, le côté rassurant est un peu là aussi : savoir que je ne serais pas seule est me rassure. Un peu moins de doutes concernant mes capacités, un peu moins de doute sur moi.

Chez moi il y a toujours un côté méfiant, car j’ai du mal à réaliser que l’on peut me faire confiance avec des troubles dissociatifs, et qu’on me regarde en disant : oui elle est capable de faire ceci ou cela. Que l’on me regarde avec bienveillance.
J’en reviens à la confiance que j’ai en moi, ce qui expliquerait parfois mes pensées.

N’empêche que cette proposition d’illustration d’un livre est super, et le réaliser toutes les trois : Emmanuelle, Sabrinaon, et moi c’est encore plus fort, trop cool. c’est magique 🙂
Reste pour moi à réussir ce travail et à pouvoir gérer mes émotions et mes troubles dissociatifs afin que ce travail arrive à sa fin.

J’ai voulu traduire un peu la vidéo, donc le livre, voici:
Livre : Dans une petite maison, un village moyen, sur une grande colline, vécut Julia avec sa famille
Mais un jour à la fois, tout est parti et elle s’est plainte avec un gros vide.
Il faisait froid, Il voulait tout pour l’effacer, pour l’effacer, pour que ce vide disparaisse
Mais il est devenu de plus en plus grand.
Ensuite, un jour, je pensais que je devais trouver le bon.
Et la vérité est qu’ils lui ont offert des casquettes de plusieurs sortes
Il y avait de bonnes « fiches »
Et d’autres apparemment bons
Il y avait des « bouchons trompeurs » Et d’autres très dangereux.
Pour plus d’informations qu’il a recherché et fouillé sa fiche, il ne l’a pas trouvé Julia trouvera sa fiche Votre « aspirateur » disparaîtra
Comment l’histoire finira-t-elle ?
vide
J’ai eu quelques difficultés comme vous pouvez le voir, mais j’ai voulu essayer.

Il y a une chose, je n’ai jamais connue de belles propositions avant comme le fait de réaliser une exposition avec Art-Thérapie Virtus, cette association qui m’apporte du soleil tous les jours et maintenant ce livre. C’est vraiment magique, extraordinaire. Et je ne vous parle pas de ces belles rencontres.
Moi ça me donne trop envie de ma battre encore et encore et encore 🙂
Merci.